Droite et Gauche

Cette petite rubrique va nous permettre d'éclaircir certains mots ou certaines expressions couramment utilisées et dont on ignore souvent l'origine.
Aujourd'hui nous expliquerons d'où viennent les mots « gauche » ou « droite » utilisés pour les partis politiques et l'expression « côté cour et côté jardin » employée au théâtre.

Pour bien comprendre, il faut regarder le plan d'un quartier de Paris (voir ci-contre le plan dit de Turgot qui date de 1739).
A cette époque, la rue de Rivoli n'existe pas encore ; elle sera percée sous Napoléon III.
En revanche, on trouve la Salle du Manège, construite sous Louis XV pour l'apprentissage équestre des jeunes nobles.
Cette salle va servir, à partir de 1789, de salle de réunion pour l'Assemblée Nationale (1). Elle est toute en longueur et naturellement, le Président de l'Assemblée constituante va siéger au milieu.
C'est par hasard que les partisans du roi, les conservateurs qui aspirent à terminer la Révolution, appelés « Feuillants » (2), se placent dans la Salle à droite du Président.
Tout naturellement, les Girondins (3) et les Jacobins (4) qui souhaitent au contraire accentuer les bouleversements politiques et sociaux, ne voulant pas se mêler aux autres, vont se placer à sa gauche.
Au centre, se tient « le Marais » (5) qui vote au gré des circonstances...

La droite et la gauche politiques sont nées.




Côté Cour et Côté Jardin
L'autre expression provient du fait que la même Salle du Manège a servi quelque temps comme théâtre et pour distinguer la gauche de la droite, les spectateurs disaient qu'à leur gauche se trouvait la « cour » (du Louvre, la cour du roi) et à droite le « jardin » (des Tuileries), d'où l'expression reprise au théâtre de « côté cour, côté jardin ».
Ces mots viennent d'une habitude prise à la Comédie-Française, à l'époque où, à partir de 1771, la troupe s'installa dans la salle des machines du jardin des Tuileries ; la salle donnait effectivement d'un côté sur la cour du bâtiment, et de l'autre sur le jardin.

Le moyen mnémotechnique le plus connu, pour savoir où se situent le jardin et la cour, consiste pour le public à se rappeler les initiales de Jésus-Christ (« J.C. ») comme Jardin/Gour en regardant la scène.
Auparavant, on nommait la cour « côté de la reine » et le jardin « côté du roi », les loges de chacun se faisant face à gauche et à droite de la scène (en regardant la salle).
Ce principe est adapté des termes de marine bâbord et tribord. Les premiers machinistes de théâtre étaient d'anciens marins ; ainsi, ces termes, comme l'interdiction de prononcer le mot « corde », sont-ils inspirés d'habitudes ou superstitions de marins.

Histoire : le procès de Louis XVI

Dès le début de la Révolution, le Roi Louis XVI est petit à petit dépouillé de tous ses pouvoirs par l'Assemblée Nationale.
S'il peut jusqu'en juin 1792 s'opposer à certaines décisions de l'Assemblée grâce à son droit de veto, Louis XVI doit pourtant baisser les bras après le manifeste de Brunswick et la menace d'une « exécution militaire » de la capitale, les Parisiens se rendent aux Tuileries et massacrent la Garde Royale.
Le Roi s'enfuit avec la Reine Marie Antoinette et le Dauphin Louis XVII, et va trouver refuge à l'Assemblée où il se croira toujours en sûreté au milieu des représentants de la Nation.
Le même jour, l'Assemblée, alors à majorité Girondine, décrète la « suspension provisoire » du Roi et la formation d'une Convention Nationale. Louis XVI est emprisonné au Temple avec sa famille ; le dauphin y finira d'ailleurs sa vie deux ans plus tard.

La nouvelle Assemblée (nommée Convention) élue au suffrage universel proclame la République le 21 septembre 1792, au lendemain de la victoire de Valmy.
Le 3 décembre, Louis XVI est mis en accusation pour « intelligence avec les puissances ennemies ». Il est appelé à la barre de l'Assemblée les 11 et 23 décembre, sous le nom de Louis Capet, pour « crimes contre l'humanité » – première apparition de cette inculpation.
Sous l'impulsion notamment des Montagnards (6), le Roi est déclaré coupable par 691 députés sur 718 le 15 janvier 1793. Le lendemain doit être rendu le jugement sur la peine à appliquer : 387 députés votent pour la mort et 334 pour la détention. Un contre-appel est effectué le lendemain : cette fois, on compte 361 voix pour la mort, contre 360 pour la détention… après 36 h de vote, le verdict tiendra donc à une voix !
Ce vote « clé » de notre révolution s'est donc joué à une seule et unique voix !!
L'exécution de Louis XVI fera de lui un martyr pour les partisans de la monarchie. Elle annoncera aussi la radicalisation de la Révolution et la Terreur : avant ce procès, les Girondins étaient tentés de stopper la Révolution, la démocratie étant instaurée.



















(1) retour L'emplacement de la Salle du Manège est indiqué actuellement par une plaque accrochée sur la grille du Jardin des Tuileries.
(2) retour Les “Feuillants” étaient des religieux de l'ordre de Citeaux, appuyé par le Roi Louis XIII au XIème siècle.
(3) retour Groupe politique pour la liberté politique et économique, les Girondins sont partisans de la guerre contre les ennemis de la Révolution. Ils ont tenté de retarder le procès du roi devant la Convention. Puis demandé que l'on consulte le peuple sur la tenue d'un tel procès. Enfin, la plupart d'entre eux ont voté contre l'exécution de Louis XVI.
(4) retour À son origine, le jacobinisme est une doctrine politique qui défend la souveraineté populaire et l'indivisibilité de la République française. Il tient son nom du club des Jacobins dont les membres, issus du mouvement du jansénisme parlementaire, s'étaient établis pendant la Révolution française dans l'ancien couvent des Jacobins à Paris.
(5) retour La « Plaine » ou le « Marais » est le nom donné au groupe le plus modéré, mais le plus nombreux (environ 400 députés) de la Convention nationale.
(6) retour Groupe politique le plus à gauche de la Révolution française, à la Convention nationale, favorable à la République et opposé aux Girondins.