La cocarde

Cette petite rubrique va nous permettre d'éclaircir certains mots ou certaines expressions couramment utilisées et dont on ignore souvent l'origine.
Aujourd'hui nous expliquerons d'où vient le mot « cocarde », nous abordons donc maintenant la petite histoire de la cocarde...
« La cocarde était à l’origine une touffe de plumes de coq portée par les soldats d’un régiment de Louis XIV. On rapporte que le 17 juillet 1789, trois jours après la chute de la Bastille, Louis XVI est reçu à l’hôtel de ville de Paris par le maire Bailly, en présence de La Fayette. En signe de réconciliation il aurait placé à son chapeau un ruban bleu et rouge aux couleurs de la ville. Quoi qu’il en fût, la cocarde nationale tricolore ou cocarde de la Liberté, fut portée dès 1790 par les soldats de la Garde nationale, dont l’uniforme était de couleur blanche, alliée à la milice parisienne à la couleur bleue et rouge, et par les civils qui voulaient montrer leur patriotisme. »
Source Assemblée Nationale
La cocarde apparaît dès 1789. La cocarde tricolore associe le blanc, couleur du Roi et les couleurs de la ville de Paris le bleu et rouge. Elle symbolise la réconciliation du Roi et de la ville de Paris.
De tous temps des objets ont servi à symboliser les grands événements. La Révolution française n'y a pas échappé, ses symboles furent le bonnet rouge et la cocarde.
La cocarde tricolore est donc le symbole par excellence de la Révolution, et les couleurs qui la constituent représentent l'idée même de la nation française.
Le bonnet rouge apparaît officiellement au début de l'été 1791, symbole de la Liberté retrouvée et du civisme, par opposition au bonnet phrygien des esclaves de l'Antiquité.
Le bleu symbolise la justice et la loyauté, le blanc l'espérance , la pureté, l'innocence et la charité, le rouge la vaillance.
Mais le 17 juillet 1789, le Roi Louis XVI se rendit à l'Hotel de Ville de Paris pour y reconnaître les nouvelles autorités municipales, Bailly comme maire de Paris et La Fayette comme commandant de la Garde Nationale et y recevoir la cocarde.


Camille Desmoulins
En réalité, il y aurait eu trois cocardes qui se sont succédées :
  1. la cocarde verte arborée le 12 juillet 1789,
  2. la cocarde bleue et rouge, aux couleurs de la ville de Paris qui a remplacé la verte le 13 juillet 1789,
  3. la cocarde tricolore, par adjonction du blanc à la cocarde précédente, qu'elle a remplacé.
C'est le dimanche 12 juillet 1789 que tout va commencer : le Roi Louis XVI a congédié Necker, le ministre qui avait la confiance du Tiers État. Ce qui entraine un coup de force de l'aristocratie qui proclame la banqueroute. Quant au petit peuple, il ne doute pas que cela signifie la famine et la misère. Mais la personne du Roi, image sacrée aux yeux de tout Français, n'est pas mise en cause.
Au Palais-Royal, centre de l'agitation politique, les orateurs haranguent la foule, essayent de l'émouvoir, de l'appeler aux armes. Un de ceux-ci, un jeune avocat du nom de Camille Desmoulins, transforme l’agitation en insurrection, en proposant de prendre une cocarde. (Prendre une cocarde, c'est se proclamer soldat, c'est s’afficher en état d'insurrection).
La couleur verte est choisie, des rubans sont distribués, ceux qui n'ont pas de rubans prennent les feuilles des arbres du jardin du Palais-Royal.
« C’était un dimanche et il faisait beau dans les jardins du Palais-Royal. Monté sur une table, un jeune homme appelle le peuple aux armes. Puis il arrache une feuille d’arbre et la brandit, signe de ralliement et symbole d’espoir ». Mais le vert est la couleur du comte d’Artois (qui deviendra le roi de France conservateur et anti-révolutionnaire Charles X de 1824 à 1830), la cocarde prend les couleurs bleu et rouge de la ville de Paris auxquelles le blanc royal sera bientôt attaché.
Dans l'après-midi du 13 juillet 1789 est publié un arrêté du comité permanent, texte important régularisant les formations des districts en établissant la milice parisienne, et qu'il la dote d'un signe distinctif, la cocarde bleue et rouge, qui ne peut être portée que par ses membres. On notera aussi le préambule, qui ne parle aucunement du danger que fait peser sur la ville la présence des troupes royales.
Deux thèses sont couramment avancées pour expliquer la naissance de la cocarde tricolore :
  • la première est que le roi Louis XVI, lorsqu'il vint à Paris le 17 juillet 1789, reçut des mains du nouveau maire la cocarde aux couleurs de la ville que les Parisiens avaient adoptée, et qu'en la fixant sur la cocarde blanche qui ornait son chapeau, il inventa la cocarde tricolore...
  • la seconde, niant la première, affirme que c'est La Fayette qui 1'aurait proposée à la fin du mois de juillet...
En Amérique, les insurgés avaient pris un signe de ralliement de couleur noire. Lorsque les Français, avec le général La Fayette, viennent à leur secours pour combattre les Anglais, les Américains arborent la cocarde aux trois couleurs qu’ils finiront par adopter définitivement.

Le mot « cocarde » vient de « coq », probablement par allusion à la crête rouge et visible de l’animal… qui est lui-même le symbole du peuple gaulois. En effet, le mot latin gallus a une double signification : coq et Gaulois.

Louis XVI à l'Hotel de Ville
de Paris le 17 juillet 1789

La Liberté guidant le peuple
d'Eugène Delacroix

Fronton de la Mairie
de Laurens (Hérault)