Interview de Christophe DUMONT


© Patrick Abel

« Quelques millénaires avant notre ère, un être hirsute contemple le squelette d'un cheval mort et dans son oeil se lit la promesse de moissons futures : la forme de cette omoplate serait si bien adaptée pour fabriquer une araire. Destruction et création...
Bien des siècles passent avant qu'un autre humain nommé Dumont, fasse tourner entre ses mains ce soc de charrue rongé par le temps et la rouille et ne décide de lui réassigner sa place dans le cheval de fer qu'il a entrepris. Destruction et création...
»
Patrick Mecucci
Nous voici aux « Gargouilles », quartier excentré de Pussay. Apparaît Christophe Dumont, toujours souriant.

BM – Bonjour Christophe. Nous nous connaissons depuis longtemps...
CD – Oui, depuis la fête de l'An 2000, où nous avons fait des décors pour Pussay !
BM – En revanche, nous avons omis de vous rencontrer pour parler de votre travail de sculpteur dans cette rubrique de notre « Petit écho ». C'est une lacune à combler ! Dites-nous d'abord comment vous est venu l'idée de devenir sculpteur ?
CD – Avec mon épouse Sophie, nous avons d'abord été l'un et l'autre décorateurs de spectacles, au Parc Astérix et à Disneyland.
A Paris, nous avons travaillé pour le Musée de la Poste, pour France 2, pour Hermès, la RATP, Christian Lacroix et d'autres... et aussi pour les studios de cinéma à Arpajon. Nous habitions à Paris, à cette époque. Nous avons décidé d'habiter là où l'on pouvait trouver des logements moins chers, plus grands et on a eu comme « un coup de coeur » en trouvant cette maison ici, à Pussay. On avait un grand logement, un atelier... tout pour réaliser notre activité.
BM – Et la sculpture sur métal ?

© Studio Declic
CD – Je l'avais déjà pratiqué, mais en plus, ici, il y avait un énorme tas de ferraille et une décharge près de la maison... Et puis la ferraille, c'était moins polluant que le polystyrène que j'utilisais pour les décors ! J'ai commencé par des expo, notamment en l'an 2000, ma première expo pour le Théâtre équestre Zingaro et Bartabas à Aubervilliers.

© Nassib Traboulsi
BM – C'est là qu’apparaît le cheval ? Pourquoi le cheval principalement ?
CD – J'ai une formation de cavalier et comme les anciens cavaliers, j'ai fait de l'hippologie ; je connais sa morphologie extérieure et interne. C'est l'animal que je représente le plus, même en taille réelle : il y en a un à l'hippodrome de Vincennes, à Chantilly en 2005, un autre que j'ai fait pour la Fédération équestre internationale à Lausanne en 2011, le Grand Mustang est parti en Floride (USA) et un autre cheval encore pour les Jeux équestres mondiaux de Normandie, à Caen en 2014. Je peux dire que « le cheval m'a permis d'avancer » ! Ce qui ne m'a pas empêché de faire beaucoup d'autres animaux, comme le phacochère pour Etampes ou même des animaux surnaturels.
BM – Cela pourrait peut-être correspondre avec les « gargouilles », le lieu où vous habitez, allusion aux animaux fantastiques du Moyen Age... ? Avez-vous envisagé de transmettre votre savoir-faire à un ou plusieurs élèves ?
CD – Je suis un autodidacte ; j'ai appris seul, sur le tas, au fur et à mesure. Je n'ai jamais donné de cours et pourtant j'ai eu des occasions, mais j'ai dit « non ». Mon travail de la semaine, entrecoupé de cours... et je perds ma concentration... Mais la porte est grande ouverte.
BM – Si vous aviez une petit message à donner quel serait-il ?
CD – C'est à propos du regard qu'ont les gens sur les artistes... D'abord, ils ne sont pas tous morts ; il y en a encore aujourd'hui ! Ensuite, qu'être un artiste, c'est, comme pour tout le monde, faire un métier tous les jours... C'est un travail dans lequel je m'épanouis, un vrai luxe aujourd'hui. Mais c'est un « revenu » : pour vivre, il faut que je vende le fruit de ce travail, grâce aux expositions.
BM – Christophe, merci pour cet entretien et aussi pour ce message, espérant qu'il sera entendu. Espérons aussi qu'un de vos chevaux, un fort, un costaud, un beauceron, viendra un jour prochain embellir notre charmante commune de Pussay.

  • 1960 – Naissance à Paris - Vit et travaille en Beauce depuis 1991.
  • 1989 – Travaille pour l’événementiel, la publicité, le cinéma : Hermès, RATP, Printemps, féria de Nîmes, Plassier, Mügler.
  • 1995 – S'engage dans une création plus personnelle autour d'un thème, la nature, et d'un matériau, le métal.
  • 2010 – Rétrospective du travail figuratif organisé par le Conseil Général d'Eure-et-Loir.
  • 2011 – Interventions artistiques au siège de la FEI à Lausanne.
  • 2012 – Invité d'honneur au 80e Salon d'Etampes.
  • 2014 – 100 jours 100 traces pour les Jeux Équestres Mondiaux en Baie du Mont St. Michel.
  • 2015 – Expose à Etampes, St Saturnin, Saumur.

© Patrick Abel
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