Les 60 sous de Pussay ?

XIIème et XIIIème siècles… Les plus anciens documents sur PUSSAY
Les deux plus anciennes mentions connues de Pussay et de ses habitants proviennent d’actes conservés par l’abbaye de Saint-Jean de Chartres.
La première, en 1128, où il est écrit que Hildemerus de Puceio reçoit 20 sols de l’abbé de Saint-Jean de Chartres.
La seconde, en 1188, lorsque le cartulaire mentionne un « Prévôt de Pussay » qui est chargé d’administrer sur place les biens détenus par l’abbaye.
Abbaye St. Jean-en-Vallée de Chartres aujourd’hui disparue

Pourtant, 20 ans plus tard, on reparle de Pussay :
« En 1208, une fondation considérable est faite à Yerres par Jean de CORBEIL et Carcassonne (son épouse). Du consentement de leurs enfants Baudoin, Milon, Aveline et Hélisant (Helissende), et avec l’approbation de Pierre, évêque de Paris, ils dotent la chapelle Saint Nicolas, située dans l’église conventuelle, au moyen d’une rente de dix livres. Ils y ajoutent le pressoir de Saintry avec les droits de pressoir afférents. La rente est payable à la Saint Rémi sur les cens de diverses paroisses dans les proportions suivantes :
  • à Pussay, 60 sous (dont 20 pour le luminaire)
  • à Champcueil, 60 sous,
  • à Draveil, 60 sous,
  • à Saint Ferréol, 20 sous. »
Abbaye bénédictine Notre-Dame de Yerres

D’où provient cette abbaye de Yerres ? Pour comprendre, il nous faut revenir quelque temps en arrière…
C’est Eustachie de CHATILLON qui est la fondatrice de l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Yerres.
Eustachie de CHATILLON est la fille de Ferry de Châtillon. Elle épouse en première noce Baudoin IV de CORBEIL, puis en seconde noce Jean d’ETAMPES.
L’abbaye est construite entre 1124 et 1132, sous l’épiscopat de l’évêque de Paris Etienne de Senlis, grâce au don de 4 arpents de terre dont Eustachie fait don pour accueillir les religieuses « errantes de leurs maisons ».
En 1138, Eustachie donne les dîmes d’Oysonville à l’abbaye. Peut-être fait-elle déjà don des dîmes de Pussay, comme cela se fera 70 ans plus tard ?
En effet, comme nous l’avons vu plus haut, en 1208, ses petits enfants, Jean de CORBEIL et son épouse Jeanne de DURAS (Dame Carcassonne), imposent Pussay de 60 sous annuels en faveur de la dite abbaye. Elle s'appelait en réalité Jeanne Charcassine, et fut surnommée Dame Carcassonne (elle eut 13 enfants avec Jean de Corbeil).
C’est donc le jour de la saint Rémi, c’est à dire le 15 janvier de chaque année, à partir de 1209 que la redevance de Pussay prend effet.
Nous avons cherché à savoir ce que représentaient ces 60 sous de redevance annuelle pour les Pussayennes et Pussayens de cette époque. Les évaluations sont très difficiles à faire, mais on peut penser que cette somme correspondait à plusieurs paires de boeufs, car dans l’Aude au 13ème siècle, il fallait donner 4 sous pour une paire de boeufs ou de vaches. La somme recueillie à Pussay représentait donc beaucoup d’argent pour les pauvres gens, peu nombreux, qui habitaient notre village à cette époque. Cette donation se faisait en plus pour un monastère probablement totalement inconnu de nos villageois, qui devait pouvoir loger et nourrir jusqu’à 80 religieuses et qui deviendra « l’un des plus riches du Parisis », c'est-à-dire de toute la région parisienne !
En revanche, il faut savoir que de nombreuses personnes se réfugièrent à l’abbaye en 1207, à cause des guerres de Philippe-Auguste contre Jean sans Terre.