Charles Alexandre DUJONCQUOY
fils (1815-1883)
« Redorer son blason » à PUSSAY :
L'ère des DUJONCQUOY

« Redorer son blason » se dit d'un gentilhomme qui retrouve sa fortune en épousant une riche roturière. Ceci peut s'appliquer aussi pour un seigneur qui veut agrandir son domaine en épousant une dame qui en possède quelques autres...
Après avoir vu comment des mariages ont permis aux seigneurs de l'Ancien Régime de devenir Seigneurs de PUSSAY (voir) , nous allons voir comment cela s'est reproduit plusieurs fois, juste avant la Révolution Française, amenant des petits propriétaires ou commerçants à entrer dans des familles industrielles.

Déjà, en 1748, à Pussay, des locaux spéciaux sont aménagés pour le travail en commun consistant à tricoter des chaussons de laine. Quarante ans avant la Révolution française de 1789, PUSSAY fait sa révolution industrielle. PUSSAY contribue au passage universel et progressif de l'agriculture de masse à l'industrialisation systématique, ce qui amène à la fois le progrès matériel et la situation salariale et précaire qu'accompagne souvent la misère du plus grand nombre.
La terre perd ses petits paysans et le monde ouvrier prend la relève du travail.
Peu à peu, on ouvre les portes à des ruraux venus des bourgs avoisinants ou même de province : PUSSAY s'agrandit.
Mais, il va se produire un évènement aux conséquences imprévisibles. Consciemment ou non, les derniers seigneurs de l'Ancien Régime de Pussay, en confiant la gestion de leurs biens à deux bourgeois du village, vont leur permettre de devenir des « seigneurs de l'industrie ». Louis BERTRAND et Pierre GRY reçoivent en effet la charge de receveurs des biens des descendants des LANGUEDOUE, seigneurs de Pussay.
Alors que la situation sociale se dégrade, la mécanisation gagne du terrain. Les grosses entreprises prennent de l'essor et d'autres disparaissent.
Puis, par rachat ou mariages successifs se réalisent la concentration et le pouvoir quasi absolu d'une seule famille.
Petit à petit, pratiquement, tous les porteurs de ces noms vont faire alliance. Les familles DUJONCQUOY, BURET, GRY, BRINON, et les BOYARD se placeront aussi comme Maires de la commune.
La première grande fabrique de bas et de gants de laine de Pussay date du 18ème siècle (vers 1735) et porte le nom de Louis BERTRAND (1696-1770). Celui-ci est « marchand bonnetier » puis fabricant de bas et de gants de laine à Pussay. Les BERTRAND viennent de Gommerville.
Louis BERTRAND s'était marié en 1719 et dès la naissance de son fils Pierre en 1725, il est fait mention de son métier sur les registres : marchand de bas. Le 23 septembre 1755, leur fille Marie-Louise BERTRAND, âgée de 28 ans, a épousé Jean Baptiste Edme ROUSSEAU, marchand épicier à Auneau. On peut savoir déjà que Louis BERTRAND, ainsi que la famille GRY doivent au moins en partie leur fortune aux seigneurs de Pussay. C'est un apport extérieur qui a dû faciliter l'installation de leurs manufactures.
En 1772, a lieu le mariage de François DUGUET avec Marie Thérèse GRY, fille de Pierre GRY, laboureur et receveur quant à lui des deux tiers de la terre et seigneurie de Pussay. Pierre GRY et après lui Louis BERTRAND, furent receveurs du comte de WALDEGRAVE et ensuite du marquis DE LATHANNE.
Le comte de WALDEGRAVE et le marquis de LATHANNE, avant eux, avaient été choisis par les de VENDEUIL de LANGUEDOUE pour gérer les biens et terres du seigneur de Pussay.
Parlons maintenant de Pierre-Paul DUJONCQUOY (Auneau 1747 - Pussay 1802).

Son père, Antoine DUJONCQUOY est né à Auneau (Eure-et-Loir) où il exerçait le métier d'aubergiste ; sa mère est Marie Françoise BURET , fille d'un marchand de bas et petite-fille du « fermier » du four banal. Voici quelqu'un qui peut aisément gravir les échelons de la société et « redorer son blason » : c'est un « bon parti ».
Nous avons vu plus haut que des relations s'étaient donc établies entre les BERTRAND, importants marchands bonnetiers à Pussay, et les ROUSSEAU, marchands épiciers à Auneau, où vivait également Pierre DUJONCQUOY, aubergiste et père de Pierre-Paul. Il n'est donc pas surprenant que ce dernier se soit installé à Pussay, d'autant plus qu'il épouse en 1773, Marie-Louise ROUSSEAU, née à Auneau du mariage de Jean-Baptiste Edmé ROUSSEAU et de Marie-Louise BERTRAND, dont le père et le frère, tous deux marchands de bas, viennent de décéder.
Marie-Louise était aussi l'arrière petite-fille de Louis BERTRAND, créateur de la première manufacture de bas à Pussay.
Il exerce d'abord le métier de marchand de bas, puis, en 1772, nous le trouvons « fabricant de bas de laine » à Pussay.
Elu maire de Pussay le 10 novembre 1793, il établira très vite sa situation dans la commune.
On dit que la manufacture DUJONCQUOY était énorme pour l'époque puisqu'elle employait jusqu'à 400 ouvriers.
« Aussi loin que peuvent remonter nos souvenirs de famille, c'est vers l'année 1735 que Louis BERTRAND, notre trisaïeul exerçait à Pussay la profession de fabricant de bas et gants de laine. A cette époque, toute la fabrication se réduisait à faire carder à la main, filer et tricoter la laine, par les femmes du pays. »
Cette déclaration est signée de Charles Alexandre DUJONCQUOY, Amable DUJONCQUOY-RIPAUT & Charles DUJONCQUOY-VARNIER , tous trois descendants de ce Louis BERTRAND, précurseur de cette première manufacture locale.

Pierre-Paul DUJONCQUOY et Marie-Louise BERTRAND eurent au moins 20 enfants. Ce n'est qu'à la dixième naissance que le premier garçon naît : Jean-Pierre né le 3 janvier 1785. Charles-Alexandre quant à lui naît le 24 mars 1789. Ils sont jeunes quand leur père décède en 1802, et c'est sa veuve qui continue l'exploitation.
en 1867, les petits-fils de Pierre-Paul DUJONCQUOY précisent :
« ce fut lui qui, cherchant un genre de chaussures économiques propres à être mises dans des sabots, inventa le chausson drapé. Il appliqua au chausson tricoté les apprêts que subit le drap et dota ainsi son pays d'un des articles les plus utiles aux populations rurales. Le succès de cette heureuse innovation lui donna bientôt de nombreux imitateurs et Pussay devint le centre d'une industrie qui compte aujourd'hui treize fabricants et qui produit annuellement pour deux à trois millions de francs ».
Ils ajoutent :
« en 1813, notre père Charles-Alexandre Dujoncquoy, l'un des plus jeunes enfants d'une nombreuse famille, après avoir secondé sa mère devenue veuve et aveugle, resta seul chargé de la direction de la fabrique. Dès 1817, il introduisit en Beauce la première filature de laines cardées qu'il y ait eu dans la contrée. Ce fut un grand progrès décisif pour l'extension de notre fabrication ».

En 1827, l'établissement est au nom d'Alexandre DUJONCQUOY.
En 1832, Jean-Pierre DUJONCQUOY possède l'ensemble dit « La Fabrique » (mairie actuelle), et les terrains situés en face, tandis que Charles-Alexandre DUJONCQUOY détient tous les bâtiments en face jusqu'à la rue de la Brèche.
En 1839, Jean-Pierre DUJONCQUOY vend l'ensemble de ses biens , aux associés FORTEAU/GRY qui forment alors une importante fabrique de bonneterie occupant 50 ouvriers dans la commune, alors que la fabrique DUJONCQUOY et fils en occupe 40.
En 1844, les deux associés se sont divisés et ont formé chacun un établissement séparé.
En 1860, l'activité est en pleine expansion et Charles Alexandre DUJONCQUOY fils forme avec les maris de sa fille et de sa nièce, la société DUJONCQUOY-JACQUEMET-BIGOT.
Par la suite, sous l'influence de la mécanisation et l'utilisation de la vapeur, le travail se transformera radicalement.
Cette transformation rapide agira directement sur la taille des établissements car tous ne pourront pas suivre cette évolution et la concurrence sera rude.
En 1881, la manufacture DUJONCQUOY est transférée à Sainte-Mesme près de Dourdan où les DUJONCQUOY possédaient un autre établissement de ce type.
La commune rachètera la maison que Monsieur JAQUEMET avait fait construire en 1859, pour y établir la mairie et l'école des garçons...