Pauline KERGOMARD et PUSSAY ?

Nous poursuivrons la visite historique de notre Village, en flânant dans nos différents quartiers, en faisant ce que l’on appelle « l’école buissonnière » (et c’est aujourd’hui le cas de l’écrire), puisque nous allons nous diriger, non loin de la « Maison commune » (notre Mairie) (voir), vers l’Ecole Pauline Kergomard.
, à deux pas de nos bouteroues (voir).
L’Ecole maternelle, ou « Ecole Pauline Kergomard » qui se trouve près de la Mairie porte un nom que nombre de nos concitoyens ignorent totalement. Qui pouvait bien être Pauline KERGOMARD ?
Une ancienne habitante de Pussay ? Une institutrice de la région, peut-être ?
Une savante, comme Frédéric Joliot-Curie qui a donné son nom à l’Ecole construite au bout du Village ?
Demandez à vos enfants ou à vos neveux et nièces ! Eux, ils sauront ! (peut-être ?)
Réponse : Nos jeunes, nos plus jeunes enfants de la commune y font leurs premiers pas d’écoliers et on ignore souvent pourquoi la Maternelle porte le nom de Pauline KERGOMARD. Voici donc qui était cette femme ?
Marie-Pauline Jeanne KERGOMARD (1838-1925) est née le 24 avril 1838 à Bordeaux, et elle est décédée à Saint-Maurice (Val-de-Marne) en 1925. Elle est la troisième fille de la famille DUCOS de très vieille souche protestante, elle est la fondatrice de l'école maternelle en France, et c'est en son hommage que notre école porte son nom.
Son nom de jeune fille est Marie Pauline Jeanne RECLUS. Elle est élevée entre 13 et 15 ans par son oncle le pasteur Reclus et sa tante qui tient une école à Orthez. Ses cousins Reclus sont très connus : l’un est un penseur et militant anarchiste, un autre est journaliste, un autre géographe, encore un autre explorateur et un dernier chirurgien…
« Elle ne conserve de son éducation emprunte de religiosité que le sens des responsabilités, du travail et de la franchise ».
Elle fait acter par les programmes que le jeu est le pre-mier travail du jeune enfant et elle réclame un mobilier adapté à leur taille, précédant Maria Montessori.
Pour elle, le but de l’éducation est de rendre l’enfant « fort, intelligent, bon et …beau ». Elle demande aux institutrices de pratiquer « la méthode française » : clarté, raison, bon sens, indépendance, vivacité d’esprit ; laisser faire aux enfants « leur métier d’enfants pour que, devenus hommes, ils puissent faire leur métier d’hommes ». Il faut respecter la curiosité des enfants et qu’ils apprennent après avoir observé, déduit, raisonné et exprimé.
Pauline KERGOMARD mérite bien d’être à l’honneur de nos écoles. Elle est la 3ème femme de l’Histoire à avoir été décorée de la Légion d’honneur.

Jacques RECLUS
La mère de Pauline meurt en 1848, et son père se remarie. Les relations de la jeune fille avec sa belle-mère ne sont pas bonnes, aussi Pauline est envoyée dans la famille de son oncle, le pasteur calviniste (ci-contre) Jacques RECLUS (1), qui l’influencera profondément.
Elle obtient brillamment à 18 ans, le brevet de capacité qui lui donne le droit d’exercer le métier d’institutrice privée. A 23 ans, elle monte à Paris et fréquente par l’intermédiaire de ses deux sœurs à la fois la haute bourgeoisie, et la mouvance anarcho-républicaine où elle rencontre Jules DU PLESSIS DE KERGOMARD (républicain et libre-penseur) avec lequel elle se marie à 25 ans en 1863.
Pauline ouvre une pension de cours pour jeunes filles, écrit pour un hebdomadaire de mode et un roman, donne des leçons particulières. Elle s’introduit petit à petit dans le milieu de l’édition où Hachette (2) lui confie la direction de “ L’ami de l’enfance ”, revue pour “ les salles d’asile ”.

Une « salle d'asile » à Trondes (Lorraine)
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le contexte social a permis la création des « salles d'asile (3)», et lorsqu'en 1879 Pauline KERGOMARD est appelée à l'inspection générale par Jules FERRY (4) (poste qu'elle occupera jusqu'en 1917), elle a conscience de leur fonction sociale, davantage que pédagogique.
En effet, cette période d'un demi-siècle correspond au développement des premières industries en France. Celles-ci vont employer une main-d'oeuvre féminine et engendrer le problème de la garde des enfants.
Dès la Restauration, les témoignages abondent sur les conséquences du travail féminin en usine : les enfants d'ouvriers sont livrés à eux-mêmes toute la journée, durant la très longue journée de travail de leurs parents.
C'est donc par la scolarisation précoce que le XXème siècle va répondre au problème de la garde des enfants. Les crèches, comme les salles d’asile deviennent urgentes et commencent à ouvrir partout en France.
C'est dans ce contexte politique et social que va se développer l'action de Pauline. Elle usera de son statut au sein du système scolaire pour faire passer dans la pratique des découvertes encore embryonnaires de la sociologie et de la psychologie de l'enfant. C'est elle qui optiendra par l'arrêté d'Hippolyte CARNOT (5) le 28 avril 1848, la substitution du terme « salles d'asile » par celui d'« écoles maternelles ».



Jules FERRY
A 41 ans sur le conseil de Ferdinand BUISSON (6), Directeur de l’instruction primaire, elle passe et réussit l’examen d’aptitude à l’examen des salles d’asiles en 1879.
Elle va publier de nombreux écrits sur l’éducation. Va être nommée Inspectrice des écoles maternelles et devenir directrice du journal “ L’ami de l’enfance ”, divulgué dans les salles d’asile qui vont devenir « écoles maternelles ».
En 1880, il existent 4 655 salles d'asile et les deux tiers sont dirigées par des congréganistes (Les Lois de Jules Ferry instituant l'école publique gratuite, laïque et obligatoire datent de 1881/1882). La méthode est rigide, l'instruction religieuse et moraliste prime.
Pauline KERGOMARD va, influencée par la démarche rousseauiste, intégrer une méthode où la liberté de l'enfant est respectée. Elle va s'atteler à la formation des directrices, demande la coéducation dans les écoles.
Elle va visiter en tant qu'inspectrice de nombreuses salles d'asiles qu'elle va tenter de transformer en école maternelle où le nom de « mère » n'est pas vain.

Ferdinand BUISSON
Pauline Kergomard inspectrice générale :
Elle a visité vingt quatre académies, certaines plusieurs fois comme Toulouse, Bordeaux, Aix, où elle a été entre quatre et six fois. Son premier rapport date de 1881, son dernier de 1910. La durée de la période où elle a inspecté des écoles est de trente ans.
Elle passera de l'inspection contrôle à la formation des enseignantes; donnant des conseils aux directrices, elle va porter un jugement non seulement en fonction de ce qu'elles font, mais aussi de ce qu'elles pourraient faire, et les juge selon leurs possibilités de perfectionnement.
Elle va se servir de ses observations pour écrire " L'éducation maternelle dans l'école " . Le livre où elle va retransmettre sa pédagogie. Elle y fait des propositions très concrètes dans ses écrits et au cours de ses voyages. Elle et choquée par le manque d'hygiène, d'amour des enfants, et par la bêtise de certaines directrices elle va publier aussi " L'enfant de deux à 6 ans ". Son écriture est très dynamique, vivante, claire.
Pauline Kergomard féministe :

Elle collabore dès 1889 au Conseil National des femmes françaises, comme présidente de la Section éducation. Active dans les instances féministes, elle croit à la mission de la femme, à son intelligence et à ses qualités de coeur. Pensant qu'il faut exercer le raisonnement des petites filles comme celui des petits garçons, souhaite que leur enseignement soit exactement le même en dehors de quelques variations dans les programmes scolaires en fonction de la différence physiologiques. La place de l'enfant est près de sa mère et l'école maternelle n'est qu'un pis aller. Elle va même jusqu'à désirer sa suppression dans le futur qu'elle situe pour le bicentenaire du quatorze juillet( 1989 ! ). A l'inverse de certaines de ses consœurs féministes, elle ne demande pas le suffrage universel pour les femmes, mais est pour l'égalité sur le plan juridique, en particulier pour l’éducation des enfants.
Pour la mixité, elle prétend que les filles au contact des garçons font leur apprentissage de conseillères et de consolatrices, tandis que les petits garçons apprendront au contact de leurs petites camarades, que le devoir du plus fort est de protéger le plus faible. Il s'établit une éducation réciproque: l'une acquiert de la sûreté, l'autre est moins brutal; chacun avec ses particularités reconnaît l'autre.
Participation à la Société libre de psychologie :
Elle a été vice présidente à la Société libre de Psychologie en 1901, sous la présidence de Ferdinand BUISSON. En 1902 Alfred BINET (7), prend la place de président.
Elle sera la première femme élue au " Conseil supérieur de l'instruction publique ", et va créer " Le sauvetage de l'enfance ", et participer à l'activité féministe de son époque.
Dernières activités :
En l898, elle organise une Université populaire avec l'aide d'élèves de 1'Ecole normale, de professeurs d'université et de lycées, d'instituteurs et des artistes. En 1914, elle organise un Cours pour jeunes devenus oisifs en raison de la fermeture des usines, à cause de la guerre. Elle prend sa retraite en 19l7, à l'âge de 79 ans.
Veuve en 1901, Ses deux fils ont choisi des carrières similaires: Joseph Kergomard fut professeur de géographie et Jean, directeur d'école normale.
Pauline KERGOMARD meurt le onze février 1925 à l'âge de 87 ans.

Alfred BINET
Ses idées pédagogiques :
L'école maternelle est une famille agrandie où l'éducatrice est comme " une mère intelligente et dévouée ", c'est à dire où les enfants apprennent à vivre ensemble et se respecter. Elle compense un manque de la famille mais ne la remplace pas.

Ecole maternelle Pauline KERGOMARD de Pussay

(1)
retour Jacques RECLUS , épouse en 1824 Zéline TRIGANT (1805-1897) ; ils eurent ensemble dix-huit enfants dont quatre moururent en bas âge. Les quatorze autres sont : (2) retour Louis Christophe François HACHETTE, né le 5 mai 1800 à Rethel (Ardennes), mort le 31 juillet 1864, est un éditeur français, fondateur, en 1826, de la maison d'édition qui porte encore son nom.

(3) retour, Les salles d'asiles. Les premiers lieux d'accueil de très jeunes enfants ouvrent dès la fin du XVIIIème siècle avec des initiatives comme celle du pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui crée dès 1771 une « école de tricots » dans les Vosges. Les autres créations sont plus proches des actuelles garderies. Ce type d'école se développe surtout au début du XIXème siècle avec la révolution industrielle. Leur vocation première est essentiellement sociale : il s'agit d'offrir un lieu de protection aux enfants des ouvrières, afin de les soustraire aux dangers de la rue. C'est pourquoi la maternelle est d'abord nommée « salle d'asile » ou « salle d'hospitalité » comme celle fondée par Adélaïde Piscatory de Vaufreland, marquise de Pastoret.

(4) retour, Jules FERRY, est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié (Vosges) et mort le 17 mars 1893 à Paris. Il a été Président du Conseil des ministres et Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, puis Ministre des Affaires étrangères. Il est connu pour avoir restauré l'instruction obligatoire et gratuite qui avait été instituée en 1793, sous l'impulsion de Louis Joseph Charlier. Il est considéré comme le promoteur de l'« école gratuite et obligatoire »,

(5) retour, Hippolyte CARNOT est le fils cadet de Lazare Carnot. Il fut Ministre de l'Instruction publique en 1848, il fonda l'École d'administration destinée à préparer les administrateurs gouvernementaux ; qui deviendra l'École Nationale d'Administration.
Il est le père de Sadi Carnot élu Président de la République le 3 décembre 1887 et assassiné d'un coup de poignard par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio le 24 juin 1894.


(6) retour Ferdinand BUISSON, né le 20 décembre 1841 à Paris et mort le 16 février 1932 à Thieuloy-Saint-Antoine, est un homme politique français, cofondateur et président de la Ligue des droits de l'Homme, président de la Ligue de l'enseignement (1902-1906).
En 1927 le prix Nobel de la paix lui est attribué conjointement à Ludwig Quidde.
Philosophe et éducateur, il a été directeur de l'Enseignement primaire. Il est l'auteur d'une thèse sur Sébastien Castellion, en qui il voit un « protestant libéral » à son image.
Ferdinand Buisson a été le président de l'Association nationale des libres penseurs. En 1905, il préside la commission parlementaire chargée de mettre en œuvre la séparation des Églises et de l'État.
Célèbre pour son combat en faveur d'un enseignement laïc à travers la Ligue de l'enseignement, fonctionnaire, député radical, proche de Jules Ferry, il a créé le mot « laïcité ».


(7) retour Alfred BINET, né le 8 juillet 1857 à Nice et mort le 18 octobre 1911 à Paris, est un pédagogue et psychologue français. Il est connu pour sa contribution essentielle à la psychométrie.