Louis XIV et PUSSAY : quand une des filles du seigneur de PUSSAY épousa le Major et Commandant de la ville et du Château de Compiègne.

L'énigme :
Nous avons découvert que Louise Françoise de LANGUEDOUE, l'une des trois fille de François de LANGUEDOUE s'était mariée avec Antoine de VENDEUIL (voir) , et qu'ils sont inhumés devant l'autel dans l'église de PUSSAY, son époux était un proche du Prince de LIGNE.
Sa soeur Charlotte était mariée avec René François d'ARCHAMBAULT (voir) , celui-ci était Grand bailli de Châtillon-sur-Indre.
La cadette Hélène Lucrèce a, elle, épousé un Seigneur d'origine italienne : Richard de GAYA.
Ce dernier a un également rapport avec Louis XIV ?? Mais qui était ce de GAYA et quel rapport avec notre Roi Soleil ???

Réponse :
Corneil-Richard Ëmmanuel François de GAYA, de noblesse italienne, était Chevalier (lui-aussi), et il était Major et Commandant de la ville et du Château de Compiègne. Il secondait Louis de CREVANT, (1) Maréchal d'Humières et Gouverneur de la ville de Compiègne, un des proches de Louis XIV. C'est le Roi lui-même qui, par ordonnance royale, nomma notre Chevalier « ... Major à la place en remerciement à sa participation à l'histoire de la cession de CASAL à la France ... »
Pour les GAYA, tout commence par un acte de fidélité à Louis XIII…
« Richard GAYA, originaire de Montferrat, avait obtenu la charge héréditaire de major de Compiègne en 1638, avec une pension de 2 000 livres sur les revenus de la ville pour le service qu’il avait rendu à Louis XIII en prévenant une conspiration ourdie par les Espagnols pour s’emparer de la citadelle de Cazal. » (Cazale Monferrato se trouve en Italie, dans le Piémont, au bord du Pô.)
A l’origine de la famille GAIA, nous trouvons François Richard GAIA, Italien d’origine. C’est grâce à une conspiration ourdie contre Louis XIII que l’ancêtre GAIA devient « de GAYA »…
Ce complot est appelé complot de Montegli, du nom du gouverneur de la dite citadelle.
« Il (Montegli) devait tenter de gagner un dénommé GAÏA, sergent major de la citadelle, afin d’en tuer le gouverneur et ensuite tous les Français qui s’y trouveraient. »
En facilitant l’entrée des Espagnols dans la citadelle, Montegli trahissait la France de Louis XIII.
Le sergent major GAIA, en le dénonçant, fut récompensé pour sa loyauté. Louis XIII lui accorda 2 000 livres de pension perpétuelle et la charge de Major à Compiègne. Quant à Montegli, il eut la tête tranchée.
Du coup, le nom de GAIA se transforme en « de GAYA ». Il devient écuyer et seigneur de la Salle, en même temps que Major de la ville de Compiègne, sorte de Gouverneur militaire, et ceci de 1638 à 1674 (1674 étant la date de sa mort).
Monsieur le Major François Richard de GAYA épouse Marguerite COULOMB (ou COLOMBO) et ensemble ils ont deux enfants : Vincent et Louis.
Armoirie : GAYA (de) - 3 mai 1723, Paris. Louis de Gaya, écuyer, capitaine au régiment de Champagne, et Cornille-Richard de Gaya, chevalier, major et commandant les ville et château de Compiègne, firent enregistrer leur blason en 1697.
D’argent au chêne terrassé de sinople sommé d’un geai au naturel » ou « D’argent à l’arbre de sinople, surmonté d’un oiseau (geai) de sable »
Le « fond » en argent (c'est-à-dire blanc), dessus un arbre vert (terrassé = tenant en terre) et au-dessus un geai (au naturel = sans couleur / ou de sable = noir)
Document : Le maréchal d'Humières et le gouvernement de Compiègne (1648-1694) : « documents pour servir à l'histoire d'une ville de l'Ile-de-France... » / par M. R. de Magnienville (1881).
Ce document, nous a permis de mieux connaître Corneil-Richard Ëmmanuel François de GAYA, ce personnage, qui a été aussi un des acteurs de la vie de notre commune.
La ville de Compiègne, place fortifiée et résidence royale, fut, jusqu'à la Révolution, le siège d'un gouvernement, qui, de 1648 à 1694, se trouva confié à l'un des personnages les plus marquants du règne de Louis XIV : Le Maréchal d'Humières.

Acte du 12 septembre 1711 : « ... Messire Corneil-Richard-Ëmmanuel-François de Gaya, fils de messire Louis de Gaya chevalier, capitaine au régiment de Laonois, et de dame Catherine de Gaya (son épouse, est né et a été baptisé le même jour sur les fonts de cette paroisse de Pierrefonds. Messire Corneil-Richard de Gaya, chevalier, major et commandant de ville et chasteau de Compiègne, son parrain, dame Hélène-Lucrèce de Languedoue de Pussay, épouse dudit sieur major... »
« ... en novembre 1638, le Roi nomma major de la place, aux gages de douze cents livres, François Richard de Gaya, sujet d'origine italienne, qui, pour prix de services rendus à la France en Italie, lors de la cession de Casal, (2) fut en outre gratifié d'une pension de deux mille livres, à prendre sur les tailles de l'élection de Compiègne, et de six cents livres de pension sur le trésor royal.
La charge demeura dès lors dans la maison des Gaya, pour n'en sortir qu'un siècle plus tard. Elle fut en quelque sorte l'apanage de cette maison durant cent vingt ans, comme la charge de gouverneur de la même ville fut l'apanage de la maison d'Humières pendant un siècle et demi...
»
Les Majors de la famille de GAYA : François Richard de Gaya; Vincent-Hyacinthe de Gaya; Corneil Richard de Gaya.
A François Richard succéda, en 1674, son fils Vincent-Hyacinthe. Celui-ci mourut le 14 juin 1685 et eut pour successeur son propre fils Corneil Richard, seigneur de la Salle, Corneil Richard fut le dernier major qui servit sous le gouvernement du maréchal d'Humières.
Parmi les officiers qui composaient l'état-major d'un gouverneur, le major occupait, le second rang :
« Le sergent-major, fait monter la garde, tirer les postes et les rondes ; il règle les sentinelles, il va prendre tous les sons l'ordre du gomrerneur et le vient distribuer sur la place aux maréchaux des logis et sergents de la garnison. Il fait la ronde-major, il visite les corps de garde, les escouades et les armes des soldats ; il leur fait distribuer les munitions nécessaires il fait ouvrir et fermer les portes, et remet un compte exact au gouverneur de tout ce qui se passe dans la place... Dans les villes de guerre bien réglées, il y a des gens établis aux portes qui n'ont d'autre soin que de marquer ceux du dehors qui entrent et qui sortent, et suivant les confrontation s que le major fait des mémoires qu'ils lui portent tous les soirs avec ceux des hôteliers, il sait combien il y a d'étrangers dans la place, quels ils sont, et où ils sont logés. »
Grâce au ciel, et malheureusement pour les Gaya, Compiègne , à l'époque qui nous occupe , n'était nullement menacé par le canon de l'ennemi. Les fonctions du major semblaient donc plus lucratives que périlleuses, et, soit pour cette raison, soit à cause de leur origine étrangère, soit pour tout autre motif, les Gaya n'y étaient point aimés. François Richard, le premier, fut entouré d'une véritable antipathie, dont on retrouve la trace dans une lettre assez singulière adressée aux attournés de Gompiègne ; le pli, signé de la main du Roi, rend simplement ces magistrats responsables, sur leurs biens et peut-être sur leur personne, de tout préjudice causé ou de toute injure faite à l'un des membres de cette famille :
« ... DE PAR LE ROY.
CHERS ET BIEN AIMÉS,
Les bons services que le sieur Gaya, sergent-major en notre ville de Compiègne, et ses enfants ont rendus tant au Roy notre très-honoré seigneur et père qu'à nous depuis trente ans, les preuves qu'ils nous ont données de leur courage et de leur fidélité en diverses occasions dans nos armées et l'estimeque nous avons pour leurs personnes ne nous permettent pas de souffrir qu'on les traite à Compiègne comme estrangers, ni qu'on prenne la liberté de parler indiscrètement contre leur honneur et la réputation qu'ils se sont glorieusement acquise par leur vertu. Comme ils nous ont fait plainte que le prévost Le Féron a depuis quelques jours témoigné quelque animosité contre eux, et qu'au lieu de réprimer l'insolence d'un sergent de justice qui auroit dit des injures à l'un des enfants dudit Gaya, il auroit informé contre eux et suscité le peuple de se joindre à lui pour lui faire une insulte, nous vous faisons cette lettre pour vous dire que nous vous saurions mauvais gré si vous souffriez qu'on dît audit sieur Gaya et à sa famille aucun outrage dans votre ville et qu'on le considérât autrement que ne requièrent son emploi, son mérite et celui de ses enfants, et que nous voulons et entendons que vous ayez à protéger et deffendre ledit sieur Gaya et ses enfants contre les entreprises qu'on pourrait faire contre eux en votre ville et ne pas souffrir qu'ils soient troublés en la fonction dé leur charge ET QU'ONLEUR DISE AUCUNE INJURE SANS EN CHASTIER LEUR AUTHEUR ET NOUS EN INFORMER, A PEINE DE NOUS RESPONDRE EN VOS NOMS PROPRES DU PRÉJDDICE QU'ILS RECEVRONT,car tel est notre bon plaisir.
Donné à Paris le 22ème jour d'avril 1662 ...
»
Les Gaya ne disparurent de Compiègne qu'au milieu du XVIIIème siècle.
« ... Dans son étude sur l'état militaire de Compiègne, le général de Brécourt a circonscrit la date de la mort de Richard, le dernier des Gaya, major de Compiègne, entre les années 1756 et 1759. Nous pouvons aujourd'hui fixer la date précise de cette mort. Elle eut lieu le 15 juillet 1757.
On lit en effet sur les registres de la paroisse de Pierrefonds (année 1757) :
Le samedi 16 juillet, le corps de messire de Languedoue de Gaya, chevalier de l'ordre royal et chevalier de Saint-Louis, major et commandant de la ville et château de Compiègne, seigneur de Pussay en Beauce, la Folie et autres fiefs de cette paroisse, mis à l'entrée du choeur, mort le jour d'hier après midi, âgé d'environ soixante-quatorze ans, a été, comme dit est, inhumé par moi curé soussigné,...
»
Décès de Hélène-Lucrèce de Languedouë : (source : Société historique de Compiègne)
... Le 12 janvier 1743, mourait à l'âge de 47 ans, dame Hélène-Lucrèce de Languedouë de Rinaude de Pussay, épouse de Richard Corneil de Gaya, chevalier et major de la ville de Compiègne. Le lendemain, cette dame était inhumée devant la chapelle de la Vierge dans l'église Saint-Jacques, en présence, entr'autres personnes, de son fils, l'abbé Achilles de Gaya, chanoine de la cathédrale de Soissons, grand vicaire de l'évêque de Soissons et du comte de Terring et Sufeld, représentant le duc de Bavière...

Vincent Hyacinthe de GAYA a épousé Catherine de MARTIN de PIERREFITTE. Il succèda à son père et occupa sa charge de Major de Compiègne jusqu’à sa mort survenue le 14 juin 1685. Son épouse est donc morte en 1743 et est inhumée devant la chapelle de la Vierge dans l’église Saint-Jacques de Compiègne, en présence de son fils, l’abbé Achille de GAYA.
Vincent et Catherine ont trois enfants : La branche des de GAYA n’oublièrent pas Pussay, puisqu’en 1717, nous trouvons dans les archives de Pussay un « Louis de LANGUEDOUE de GAYA, major en survivance de la ville et château de Compiègne, chevalier, seigneur en partie de cette paroisse » (il s’agit de Pussay) comme parrain, tandis que la marraine est « dame Louise-Françoise de LANGUEDOUE, veuve de messire Antoine de VANDEUIL, chevalier, seigneur de Stelfay, Pussay, Bouzy en partie, écuyer du roi. »
« …dans son étude sur l’état militaire de Compiègne, le général de Brécourt a circonscrit la date de la mort de Richard, Major de Compiègne, entre les années 1756 et 1759. Nous pouvons aujourd’hui fixer la date précise de cette mort. Elle eut lieu le 15 juillet 1757. On lit en effet sur les registres de la paroisse de Pierrefonds – année 1757 - :
« …Le samedi 16 juillet, le corps de Messire de LANGUEDOUE de GAYA, chevalier de l’ordre royal de Saint Louis, Major et commandant de la ville et château de Compiègne, seigneur de Pussay en Beauce, la Folie et autres fiefs de cette paroisse, mis à l’entrée du choeur, mort le jour d’hier après-midi, âgé d’environ soixante-quatorze ans, a été, comme dit est, inhumé par moi curé soussigné… »
Un dernier texte confirme que Lucrèce de LANGUEDOUE de Pussay et son époux Corneille Richard de GAYA n’eurent pas de descendance :
« Cette famille, dont l’un des membres Louis de GAYA est connu par divers ouvrages qu’il écrivit au XVIIe siècle, s’éteignit en la personne de Corneille Richard de GAYA, seigneur de la Salle, fils de Vincent Hyacinthe. »
Avec cette histoire de la troisième branche des seigneurs de Pussay prend fin leur histoire, puisqu’aucune des trois branches n’eut de descendants.


(1) retour Louis de Crevant, quatrième du nom, marquis, puis premier duc d'Humières, vicomte de Brigueuil, baron de Preuilli, né en 1628 et mort le 30 août 1694 à Versailles, est un gentilhomme et militaire français du XVIIème siècle. Il est nommé maréchal de France en 1668 et appelé ensuite le maréchal d'Humières.
(2) retour Casale Monferrato (dans l'histoire de France et d'Espagne souvent appelée Casal) est une ville italienne d'environ 36 000 habitants, située dans la province d'Alexandrie, dans la région du Piémont, dans l'Italie nord-occidentale.