La Venelle du Four Banal de PUSSAY ?

L'énigme :
Une ruelle du four à PUSSAY ?
Ce n'est pas par hasard que cette ruelle, proche de l'un de nos deux boulangers, porte le nom d'un four.
Et si l'on veut bien se donner la peine de chercher, grâce à ce passage, c'est toute la mémoire de notre village qui s'y trouve cachée.


En face de notre château se trouvait jadis le four banal du village. L'entrée de la ruelle du four - normal de retrouver son nom juste à côté de l'un de nos deux boulangers ! - se trouve encore face au château, côté rue Etienne Laurent (ancienne Grand' rue) et donne rue Charles Michels, face à l'ancienne usine de chaussures Brinon.
D'après la mémoire des habitants de ce secteur, le four était situé plus loin que l'actuelle boulangerie, dans un recoin. Il semble que l'on pouvait voir encore le four et ses briques réfractaires dans les années 1950.
Aujourd'hui, il n'en reste rien, sinon un mur de pierres au côté d'un garage.
Il y a cinquante ans, lorsqu'il y avait près de 500 ouvriers qui travaillaient à l'usine Brinon et qui sortaient à l'heure des repas, la ruelle, comme les autres qui lui sont parallèles, était remplie de monde.

Mais qu'est-ce qu'un four banal ?
Pour comprendre, il faut d'abord savoir ce que veut dire le mot « ban ». Bien entendu, aucun rapport avec le mot « banc » qui a donné « banquier ». Nous utilisons aujourd'hui le mot « ban » dans l'expression « publier les bans d'un mariage », « le ban des vendanges », ou « Ouvrez le ban ! Fermez le ban ! » en langage militaire.
Le « ban » est un mot du XIIème siècle qui provient de la vieille langue francique « ban », utilisé aussi en haut allemand, qui signifie « proclamation » ou « juridiction ». Plus tard, il est devenu « proclamation du suzerain », notamment pour les levées de troupes (ban et arrière-ban).
De « ban », on en est venu à « banal » : appartenant au suzerain, puis « commun aux habitants du village ». Le four banal est donc d'abord le four que le seigneur était tenu de construire pour les habitants du village en le confiant à un « fournier » (premier mot pour désigner le boulanger), puis par extension, le four du village, le four de tout le monde.
En fait le « ban » est le droit d'astreindre, de commander et même de punir que détient le seigneur. « Estre en ban » signifiait au Moyen Age « être dans l'obligation de… » [1].
En général, tout seigneur avait pris le droit de doter ses terres d'équipements collectifs tels que moulin, pressoir, forge et four, dits « banalités » dont il assurait l'entretien. Bien entendu, l'usage des « banalités » était payant et obligatoire pour les habitants de la seigneurie qui n'avaient pas le droit de posséder des équipements personnels ou de recourir à ceux d'un seigneur voisin.

Le Fournier est devenu depuis
le boulanger qui cuit et vend
des pains en forme de boule.
Ainsi, chaque fois qu'ils utilisaient le four pour cuire leur pain, les sujets devaient acquitter un péage au préposé chargé d'enfourner les pâtes. Les villageois étaient obligés d'utiliser le four du seigneur sous peine d'amende.
Suivant l'importance de la population, le four banal pouvait employer à lui seul jusqu'à trois personnes, à savoir : le Fournier, chargé de l'allumer, le Poustier qui allait chercher les pâtes à cuire et rapportait les pains cuits et le Lenandier commis à l'approvisionnement du bois.
Quand on sait l'importance qu'avait autrefois le pain dans l'alimentation des Français qui, s'ils en avaient les moyens, en consommaient environ 720 grammes par jour au milieu du 17ème siècle, contre seulement 100 à 150 de nos jours, on imagine que ce monopole assurait au seigneur de solides revenus.
Le four pouvait être « affermé » (nous dirions « loué ») par bail, à des « vilains » aisés ou des bourgeois qui se chargeaient de leur fonctionnement et de la perception des taxes. La personne « affermée » était nommée « fermier ».
Ce fut le cas à PUSSAY. Concernant le four banal, nous savons qu'un certain Vincent BURET, de la famille BURET qui donnera plusieurs Maires à la Commune, tous manufacturiers en bas ou en bonneterie, que ce Vincent BURET donc, né en 1703 et décédé en 1773, charpentier de métier, puis fournier, devint « fermier du four banal » de PUSSAY.
Il y avait donc bien un four banal dans notre village au XVIIIème siècle, et peut-être depuis fort longtemps.

George 4ème comte de WALDEGRAVE
Le 12 Avril 1777, on signale dans les actes paroissiaux que M. le comte de WALDEGRAVE procède à la « reconstruction du four banal » de PUSSAY. Il s'agit probablement de George, 4ème comte de WALDEGRAVE (1751 – 1789), militaire et membre du Parlement britannique.
La famille de WALDEGRAVE est très proche de la famille royale de Grande Bretagne et de celle de CHURCHILL. Nous pouvons penser que le seigneur de PUSSAY (voir) la fréquentait ?
Le château qui se trouve en face et la Ruelle du Four banal sont probablement tout ce qui nous reste comme témoignages de la vie courante de notre village du Moyen Age et de ses seigneurs.
En septembre 2010, la Municipalité a procéd à l'inauguration de la plaque nominative de cette ruelle, en présence d'un grand nombre de Pussayens.
Quant à la famille BURET, elle s'est rapidement rattachée par mariage avec la famille DUJONCQUOY (voir) , liée elle-même au premier manufacturier en bas de PUSSAY en la personne de Louis BERTRAND. Quelques générations plus tard, nous verrons qu'une Thérèsa BOYARD, descendante des DUJONCQUOY, prendra pour époux Adolphe BRINON (voir).
Tout se passe en effet comme si l'ensemble de ces grandes familles n'en faisait réellement qu'une. Nous en reparlerons bientôt.

Inauguration de la Venelle du Four Banal en 2010




(1) retour Lexique de l'ancien Français de Frédéric Godefroy - Librairie Honoré Champion 1990.
Quelques explications :
Sous l'ancien régime, une « banalité » est une servitude féodale consistant dans l'usage obligatoire et public d'un bien appartenant au seigneur.