COURBEVOIE et PUSSAY ?

Les derniers Seigneurs de PUSSAY ont un rapport avec la commune de COURBEVOIE, située dans les Hauts-de-Seine aujourd'hui ...
La commune de COURBEVOIE était une maison seigneuriale jusqu'à la Révolution, et un territoire et banlieue de Paris.
Nous devrions dire deux maisons seigneuriales jusqu'au XVIIème siècle, car il y eut en réalité les Seigneurs du « Haut-Courbevoie » et du « Bas-Courbevoie ».
Sauriez-vous dire quel était le lien entre COURBEVOIE et PUSSAY ?
Il y eu deux seigneuries à Courbevoie : les seigneurs du Haut-Courbevoie (les Lechatelain, Curial, Mairesse, de Thuilliers, Potier...) et ceux du Bas-Courbevoie (Claude Le Bossu, Brigitte Converset, Anthoine de Vandeuil, les Thorin de la Thanne...), ainsi que les châteaux du terroir, réunis en 1810 et démolis par la suite ; sans oublier les états généraux de 1614 (paroisse de Colombes-Courbevoie)... Très longtemps, en effet, le bourg qui nous intéresse dépendit de Colombes et ce fut seulement en 1785 que la paroisse de Courbevoie fut créée, grâce à l'action tenace de Pierre Hébert, qui allait devenir son premier curé, dont la vie fut vouée à son sacerdoce et qui connut une fin tragique, mort guillotiné en 1794, victime, avec tant d'autres, de la Terreur et d'un « complot des prisons » imaginaire.

Dans le « Petit Écho de Pussay » n°19 de Mai / Juin 2011, nous répondions à la question concernant le rapport qu’il pouvait y avoir entre certains seigneurs de Pussay et le roi Louis XIV. Nous avions vu que l’une des trois filles du seigneur de Languedoue, s’était mariée avec un certain Antoine de VENDEUIL. (voir)
Leur fils, Antoine (même prénom) est dit « chevalier, seigneur de Pussay, d’Estelfay, de Courbevoie et autres lieux… ». C’est grâce à l’achat de cette terre et de ce château de Courbevoie en 1698, que nous allons connaître la fin inattendue et curieuse des seigneurs de Pussay.
« Le 9 Décembre 1698, Anthoine de VANDEUIL, chevalier, seigneur Desdelfoy, écuyer de la grande écurie du roi achète le château et la seigneurie de Courbevoie. » « Lors du mariage de sa fille, Marie-Anne, avec M. Jacques-Joseph THORIN DE LA THANNE, M. de VANDEUIL lui donna en dot la seigneurie et les terres qu’il possédait à Courbevoie.
De cette union naquirent deux enfants :
1 - Marie-Joseph Etiennette DE LA THANNE qui se maria avec M. Jacques-Edouard de WALDEGRAVE, chevalier, capitaine au régiment de Fitz-James cavalerie.
De son mariage avec M. de WALDEGRAVE, Mlle Etiennette DE LA THANNE eut un fils M. Joseph-Edouard-Claude, comte de WALDEGRAVE. Il mourut le 12 Novembre 1783 à l’âge de 40 ans et 10 mois ; il était colonel d’infanterie et chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis et portait le titre de seigneur de Courbevoie et de Pussay. »
Sa mère mourut le 18 Août 1788 et fut inhumée dans le choeur de l’église de Courbevoie.

Un des châteaux de Courbevoie vers 1860
C’est ce comte de WALDEGRAVE qui, en 1777 donnera ordre de rebâtir le four banal de notre commune. (voir)
2 - Pierre-Jacques THORIN DE LA THANNE, surnommé Courbevoie. Né à Courbevoie le 8 Juin 1719, il hérita lors du décès de sa soeur de la seigneurie de Courbevoie.
« Il se consacra, comme son père à la carrière des armes et prit en Janvier 1734, du service au régiment suisse de Courten. Pendant la guerre de la succession de Pologne, il assiste, en 1735, au siège de Trarbach ; prend part, en 1736, à l’affaire de Clauzen et est nommé, en récompense de sa valeur, le 5 Janvier 1736, enseigne surnuméraire puis, la même année, aide major du premier bataillon du régiment de Courten. Il quitte ce corps le 1er Mars 1743 et entre au régiment des Gardes Suisses, en qualité d’enseigne dans la compagnie de Reding. La guerre se rallumant à l’occasion de la succession d’Autriche, il assiste, en 1744, en qualité de sous-lieutenant aux grenadiers, aux sièges de Mein et d’Ypres où il gagne la croix de Saint-Louis. Après avoir pris part à l’affaire de Richevaux, aux sièges de Fribourg et de Tournay, il est présent, le 11 Mai 1745, à la bataille de Fontenoy. »

La caserne Charasse qui fut d’abord la caserne des Gardes suisses. Le seigneur de Pussay en était le Commandant
Il devient colonel le 23 Mars 1763, maréchal de camp le 5 Décembre 1781 et décède le 14 Novembre 1803.
« La témérité des Français, invitant les gardes anglaises à tirer les premiers, faillit compromettre le succès de cette bataille. Heureusement les gardes suisses et la brigade irlandaise intervinrent et assurèrent la victoire. De cette mêlée M. DE LA THANNE sortit couvert de blessures et le roi le récompensa en lui accordant une pension de 600 livres. Après avoir courageusement payé de sa personne sur tous les champs de bataille, il est promu, le 1er mars 1780, capitaine au régiment des gardes suisses avec le grade de brigadier d’infanterie et, en 1781, il est nommé maréchal de camp, titre qui correspond à notre grade actuel de général de division. »
Ce capitaine des Grenadiers au Régiment des Gardes-Suisses « devint l’idole de cette valeureuse troupe » et « acquit la réputation d’un des plus braves officiers de la nation et d’une expérience consommée de son métier ».
Serait-ce un avertissement, un mauvais présage ? L’église de Courbevoie est en mauvais état...
« L’effondrement d’une partie de la voûte pendant les offices de la messe de minuit à la Noël de 1788 et les graves blessures que cet accident occasionna à de nombreux paroissiens » engage à entamer les procédures pour la reconstruction de l’édifice. « Le 19 Mai, M. DE LA THANNE écrit à l’archevêque de Lyon, en qualité de seigneur de Courbevoie et commandant du bataillon des Gardes suisses. »
Une souscription parmi les paroissiens est initiée : Mme de WALDEGRAVE, soeur de M. DE LA THANNE y souscrit pour 6 000 livres.

La caserne Charasse qui fut d’abord la caserne des Gardes suisses.
Le seigneur de Pussay en était le Commandant
Malgré la Révolution, le 9 mai 1790 est posée la première pierre de l’église Saint-Antoine de Courbevoie, église qui existe toujours dans cette commune.
Mais la Révolution gronde. Le curé de la paroisse, Pierre Hébert, refusant de prêter serment à la Constitution, est arrêté, condamné et exécuté en même temps qu’André Chénier.

Église de Courbevoie reconstruite par le seigneur de Pussay
Les sans-culottes locaux s’en prennent évidemment à Pierre-Jacques THORIN DE LA THANNE, à ses biens, à ses terres et à son château, et le 13 Germinal An II (le 12 janvier 1794) le seigneur de Courbevoie et de Pussay est arrêté, interrogé et écroué à la prison Saint Lazare.
Il est alors âgé de 78 ans ! L’incarcéré rédige deux mémoires, l’un pour la Convention, l’autre pour la commission populaire séant au Louvre. Ses amis de Beaulieu interviennent en expliquant qu’il est citoyen suisse, mais tout ceci reste sans effet.
C’est lorsque Robespierre tombe qu’il retrouve la liberté, après cinq mois d’emprisonnement, le 20 août 1794.

La Prison St Lazare sous la Terreur où fut incarcéré le seigneur de Courbevoie et de Pussay pendant cinq mois.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là…
Alors qu’il est libre et d’un âge avancé (il approche des 90 ans !), le seigneur de Courbevoie et de Pussay convole en justes noces en épousant Mme Marie-Anne de BEAUBIGNY. Par contrat du 11 février 1803, il lui fait don du château de Courbevoie.
« Ainsi finit, sur cette idylle vieillotte, une des branches de la Seigneurie de Courbevoie ».
Nous ajoutons : « et c’est ainsi que se termine l’histoire singulière d’un des derniers seigneurs de Pussay. »