Charrons et bouteroues à PUSSAY

Le Charron :

Face à notre nouvelle rue André BROSSIN, se trouve encore aujourd’hui une cité d’abord appelée « Cité Jeanne d’Arc », construite pour les ouvriers de l’Usine Brinon, et où demeurait la famille BROSSIN avant de s’installer rue du Nord.
Cette Cité fut ensuite appelée « Cité Delangle » du nom de son nouveau propriétaire André DELANGLE, l’un des fils de Henri DELANGLE, charron du village, le seul de Pussay, semble-t-il.
Henri DELANGLE était installé sur la RN 838, là où se trouve encore en façade une grande roue de charrette.
Si vous interrogez votre entourage sur ce que peut bien être un charron, vous aurez la surprise de constater que dans l’ensemble, tout le monde sait ce qu’est un maréchal ferrand, mais, curieusement, beaucoup ignorent ce qu’est un charron.
Le nom de charron provient de « char » (carrus en Gaulois), le charron était d’abord un menuisier : il travaillait le bois, notamment pour tout ce qui concernait les roues. Parmi les objets qu’il fabriquait : « des chars à deux ou quatre roues, des charrettes, des jantes, des rais et des moyeux pour les roues, des essieux, des brancards et des timons. »... et même des brouettes.
Au 17ème siècle, ils sont « faiseurs et entrepreneurs de carrosses, coches, chariots, litières, brancards, calèches et autres attirails. », toujours en « bois de chêne, orme, frêne, haistre, charme ou tilleaux. » [1]
Ils appartenaient à la corporation des charpentiers. En 1292, il y en avait 19 dans Paris. Dans la même ville, au 18ème siècle, ils étaient 130.
Leur patronne était sainte Catherine d’Alexandrie, martyrisée par une roue hérissée de pointe, on la fête le 25 Novembre.




« Rendez-vous aux bouteroues ! » :

Sainte Catherine d’Alexandrie martyre,
patronne des charrons

Acte de naissance de André
né de Henri DELANGLE, charron
et de Henriette CHARPENTIER
1901
Dans les années d’après-guerre, les jeunes gens et jeunes filles de la commune de Pussay pouvaient dire : « Rendez-vous aux bouteroues ! ».

Savez-vous ce qu’est une bouteroue ? C’est un chasse-roue… et inversement. Vous voici bien renseigné, me direz-vous !

Un chasse-roue (ou une bouteroue - boute-roue -) est une borne en pierre ou un ornement en métal destiné à faire dévier les roues des charrettes et autres carrosses afin d’éviter la détérioration des murs des immeubles. Peut-être aussi pour éviter d’écraser les pieds des passants. On dit même qu’ils servaient de marchepieds pour monter à cheval, ce qui est moins sûr !
Le bouteroue remettait « dans le droit chemin » le véhicule, lorsque le cocher était malhabile ou les chevaux rétifs... moyennant une forte secousse pour les passagers.
Parfois, rugueux et « nature », parfois, au contraire bien polis, bien droits, bien arrondis, on les prendrait pour des soldats en faction ; placés là comme une dernière protection avant le refuge de la maison ; parfois petits, parfois énormes et lorsqu’ils sont tournés par le forgeron, les voici « embourgeoisés »… comme anoblis !
Au singulier, la bouteroue qui servait de lieu de ralliement était certainement la plus grande du village, située encore aujourd’hui au coin de la place de l’Orme, sûrement pas facile à déloger, et bien repérable pour un rendez-vous !
Mais l’expression s’entendant au pluriel « Rendez-vous aux bouteroues ! » (sinon on aurait dit : « Rendez-vous à la bouteroue ! »), il s’agit alors de l’enfilade de chasse-roues de l’impasse du Jeu de Paume
[2] ; ces grosses pierres permettaient peut-être d’attendre, assis… pas très confortablement il est vrai !
A Pussay, les bouteroues sont fort nombreuses… et de toutes formes. Il y en a des dizaines… Certaines sont repérables, d’autres moins, parfois cachées derrière un mur ou des plantes grimpantes. Nous sommes en train de les « chasser » avec notre appareil photo, pour la postérité.

En voici quelques-unes :





(1) retour Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le XIIIème siècle. – Alfred Franklin – Ed. Jean Laffitte / haistre (hêtre) et tilleaux (tilleul).
(2) retour Au fait, pourquoi « Impasse du Jeu de Paume » ? Puisqu’on y passe… On devrait dire « Passage du Jeu de Paume » ou « Ruelle du Jeu de Paume »…