La Place du Carouge
L'énigme : pourquoi « Carouge »
Que signifie ce nom de Carouge ? Pourquoi la place du Carouge porte-t-elle ce nom ? Qui est ce Carouge ? Un personnage célèbre ou local ? Serait-ce une ville, un lieu-dit ? Ou peut-être un évènement ?
Pour vous mettre sur la piste, sachez que « Carouge » ne s’est pas toujours écrit de cette façon, mais que même si vous trouviez l’ancienne orthographe… cela ne vous dirait rien non plus… Que voulez-vous, une énigme, c’est une énigme !
Pour répondre à notre dernière énigme, disons-le tout de suite : elle est bien mystérieuse cette place du Carouge...
... d’abord sur sa configuration :
Autrefois, il existait deux mares sur la place du Carouge (située au centre du village) ; elles ont été comblées en 1847 et la place y a gagné en « superficie et en salubrité ».
Sur ce même plan de PUSSAY datant de 1832, on peut y voir également un « puit public ».
Aujourd’hui, on peut y voir encore une pompe, mais elle est « factice », car elle ne pompe plus et elle est, légèrement déplacée par rapport au puits d’origine.
Elle permettait pourtant d’aller puiser l’eau qui se trouve courante à environ 30 mètres plus bas en sous-sol… Mais c’est son nom qui est une énigme. Qu’est donc ce « Carouge » ?
Des habitants de PUSSAY sont certains que son orthographe a changé et que l’on écrivait jadis Carrouge avec DEUX R, comme carriole ou carrosse et qu’il y avait jadis une sorte de service de relais qui servait de charroi (deux R), c'est-à-dire un transport par chariot (un seul R) ou par charrette (deux R). Le « carrouge » serait la déformation de « carrouège », c'est-à-dire d’un « charriage » de matériaux ou de personnes… Sur le plan de 1832, la Place porte le nom de « Carruëge ».
En effet, un jugement du tribunal de première instance d’Etampes en date du 22 novembre 1855 ordonne « qu’il soit procédé, en la maison d’école de Pussay à la vente sur licitation aux enchères publiques d’une grande maison servant à usage de fabrique située place du carrouège... »
Nous venons de trouver le document ci-contre qui confirme cette assertion.
Il s’agit d’un arrêté du Maire de PUSSAY en 1900 : on y parle bien de la « place du Carrouège » ; voici donc une autre orthographe !
Il existe également une ville qui porte le nom de Carouge, elle se trouve en Suisse près de Genève, mais aucun rapport !
Quant à Carrouge avec deux R, le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France en donne une liste impressionnante :
« Lieux dits et hameaux en Normandie, dans l’Ain, le Jura, le Loiret, la Nièvre, la Saône-et-Loire, la Haute Savoie, la Seine-et-Marne et la Somme... »
C’est ce même Dictionnaire qui nous donnerait la bonne réponse : « Carrouge vient du mot latin quadrivium = carrefour ». Quadri vium = quatre voies ».
Le Dictionnaire étymologique Larousse confirme : « Carrefour (XIIème siècle) provient du bas latin quadrifurcus = quatre fourches, qui a remplacé le latin quadrivium, conservé dans des noms de lieux = Carrouge(s) ».
Le Lexique de l’ancien français donne le nom de « carroge » pour désigner un carrefour ou une place publique, et en Touraine on disait un «carroué» pour une place centrale.
Nous aurions donc trouvé la réponse : notre Carouge devrait s’écrire avec deux R et « Place du Carrouge » signifie en réalité « Place du carrefour », mais comme il n’existe pas quatre chemins se rencontrant ici, il nous faut choisir l’autre signification de : « Place de la place publique », ce qui est une tautologie… ou un pléonasme si vous voulez.
On pourrait donc dire tout simplement : « Rendez-vous au Carrouge »
Ce « Carouge » décidément nous fait penser qu’avec ces histoires, il ne faut pas trop charrier (2 R)  ( dans le sens d’exagérer) !
CAROUGE – Vous avez dit Carouge ?…
Monsieur POLVÉ s’est intéressé de près à notre carouge et il a bien voulu chercher des renseignements dans les dictionnaires qu’il possède. Voici ce qu’il a trouvé :
  • Dans un « Pierre LAROUSSE » de 1901 : « Caroubier : arbre à bois rouge et dur – Caroube : fruit du caroubier ; on dit aussi Carouge. »
  • Dans le « Dictionnaire des commençans françois et latin » (sic) – Avignon – 1819 ; « Carrouge : arbre et fruit de cet arbre. »
  • Dans le « Nouveau Larousse illustré en 7 volumes » de 1906 : « Caroubier : cet arbre s’élève jusqu’à 12 mètres et son tronc a souvent 2 mètres de circonférence ; bois très dur. Sous le nom de Carouge : il est employé à la construction des meubles et des ouvrages de marqueterie. Caroube : graines de ces fruits ; servent en teinturerie pour obtenir une couleur jaune. »
  • Enfin dans l'encyclopédie LAROUSSE de 1977 en 22 volumes, on y lit « Carouge : synonyme de Caroube » (source Dominique POËZÉVARA)
La carouge (le fruit) est une gousse riche en pulpe sucrée à goût chocolaté. Elle est utilisée en remplacement du cacao ou comme additif. Tout comme le chocolat, la carouge est vendue en tablette, en poudre, en brisures et en sirop.
M. POLVÉ pense que le très gros arbre qui se trouvait au début du XXème siècle sur la place du Carouge était peut-être ce Caroubier ( ou ce carouge) et que l’on utilisait peut-être ses fruits pour teindre la laine chez les fabricants de bas locaux, ou nourrir les moutons.
Un arbre en pleine production peut fournir entre 300 et 800 kg de carouges par an, le fruit est encore utilisé pour nourrir les bestiaux.
C’est possible. Des personnes ayant souvenir du travail qui se faisait dans les fabriques ou usines de PUSSAY pourraient nous éclairer sur ce sujet.
En attendant, signalons tout de même que les renseignements recueillis sur le « Net » indiquent que l’arbre en question ne résiste pas au froid – 0° minimum… mais qu’il renait facilement de ses racines.
Cependant, nous n’oublierons pas de remercier « chaleureusement » nos aimables chercheurs.