Les Bistrots de Pussay et les Salons du Pauvre
L'énigme :
Savez-vous qu'en France, en 1960, on comptait pas moins de 200 000 débits de boisson. Il en subsiste moins de 37 000.
A PUSSAY, avant guerre, on en comptait pas moins de 19, aujourd'hui 1 seul a survécu.


Il faut dire qu'au XIXème siècle, le « café » ou le « bistrot » (ou « bistro ») (1) est « un fait de société ».
Il est le descendant de la taverne antique ou médiévale et l'enfant du café littéraire du XVIIème siècle et du club révolutionnaire : on y boit un pot et on y échange des idées, parfois joyeusement, parfois violemment, même avec les poings !
Lorsque se forme la classe ouvrière, fin XVIIIème, début du XIXème siècle, l'estaminet ou le cabaret est le seul lieu de détente, de rencontre et de discussion à peu près libre.
Il domine sur les villes et les bourgs, notamment ceux où l'on compte le plus de main d'oeuvre.
Il est l'un des tout premiers lieux de socialisation. C'est là que l'on retrouve ses camarades. On y joue aux cartes, aux dés ou aux dominos. On y discute, politique souvent : on envisage l'avenir meilleur, on y refait le monde...
Le cabaret est un lieu de détente et de sociabilité masculine, c'est le « salon du pauvre ». On y boit surtout du vin mais aussi de l'absinthe et du vermouth, en fumant la pipe ou des cigares à 1 sou. On y chante et on y danse. Les arrières-salles abritent les réunions politiques, les syndicats et associations ouvrières. Ces débits de boisson sont bien vite accusés par le pouvoir d'être le creuset politique de « classes dangereuses... »
Hélas, l'alcoolisme est bientôt réellement un fléau qui domine les familles, et il faudra attendre qu'on réinvente les loisirs pour voir disparaître petit à petit les « bistrots ».
On crée les colos et le patronage pour occuper les gamins, on encourage la gymnastique et l'on organise des fanfares. Enfin, les congés payés, les vacances, les voyages vont offrir au plus grand nombre d'autres loisirs.
Un arrêté du Maire de Pussay, en 1849, prévient « les aubergistes, cafetiers, maîtres de billard et autres de ce genre que les arrêtés de police concernant la fermeture des cabarets sont toujours en vigueur, à savoir que du 1er novembre de chaque année jusqu'au 1er avril ces commerces doivent fermer à 10 heures du soir ; du 1er avril jusqu'au 1er novembre, jusqu'à 11 heures ; les dimanche, lundi et mardi de la fête patronale, la fermeture aura lieu à minuit et les autres jours à 10 heures.
Le jour de la Saint-Eloi, fête des cultivateurs, de la Saint-Blaise, fête des fabricants et de la Sainte-Barbe, fête des sapeurs pompiers, les maisons susdites seront fermées à 11 heures du soir.
»
Rappel :

Saint-Eloi

Saint-Blaise

Sainte-Barbe

Saint-Crépin
Saint-Eloi (fête d'hiver - 1er décembre) - évêque de Noyon est le patron des cultivateurs, surtout de ceux qui s'occupent des chevaux, car Eloi a un jour maîtrisé un cheval emballé. Il est surtout connu comme ministre du roi Dagobert et comme patron des orfèvres.
C'est la fête des agriculteurs de Pussay.
« Lorsque Saint-Eloi a bien froid, trois mois dure le grand froid ».
Saint-Blaise (fête le 3 février) - évêque de Sébaste en Arménie en 316. Torturé avec des peignes de fer qui font penser à des peignes de laine, il est le patron des « filatiers » de laine, des cardeurs, des tisseurs et de tous ceux qui font commerce de laine en général. C'est le patron des faiseurs de bas de Pussay...
« A la saint-Blaise, de la neige jusqu'à la queue de l'âne »
« Le lendemain de la saint-Blaise, souvent l'hiver s'apaise, mais si vigueur il reprend, pour longtemps on s'en ressent. »
Sainte-Barbe surnommée la Grande martyre (fête le 4 décembre) - vivait au IIIème siècle à Nicomédie en Turquie. Furieux que sa fille se convertisse au christianisme, son père l'enferma dans une tour et y mit le feu. Elle est la patronne des pompiers. Tous les pompiers de Pussay la fêtent encore.
« A la sainte-Barbe, soleil peu darde »
« Pour la sainte-Barbe, l'âne se fait la barbe » (son poil d'hiver).
Un autre saint était fêté à Pussay, mais celui-ci, semble-t-il, uniquement à l'Usine des fils de Gustave Brinon - appelée « FIGUBRI »
(voir) à l'emplacement des usines Jappel - et à partir des années 1960 : il s'agit de saint-Crépin (fête le 25 octobre), patron des cordonniers (du cuir de Cordoue), des artisans chausseurs, des bottiers et savetiers (raccommodeur de vieux souliers, bien connus de La Fontaine). Pour les fabricants de chaussures, il est le saint patron.
Saint-Crépin et son frère jumeaux saint-Crépinien, étaient deux nobles romains convertis au christianisme qui accompagnaient saint-Quentin en Gaule, fuyant les persécutions de Dioclétien. Ils s'installèrent comme cordonniers à Soissons, chaussant gratuitement les pauvres. Rattrapés par la persécution de Maximien, ils furent suppliciés de plusieurs façons, notamment en découpant leur dos en lanières et en enfonçant des alènes sous leurs ongles. Ils moururent enfin, décapités, vers 285.
Beaucoup plus tard Charles le Chauve (823 - 877) (2), que la légende présente aussi pauvre en cheveux qu'en culottes déchira le seul haut-de-chausse en cuir qu'il possédait. Ce furent des cordonniers de Troyes qui le lui raccommodèrent. Heureux de cette action il accorda à la corporation le droit de célébrer la fête de Saint-Crépin chaque année le 25 octobre.
On disait les cordonniers souvent bossus et un peu sorciers car ils pouvaient faire danser le porteur de souliers jusqu'à la mort…
« A la saint-Crépin, la pie monte au pin » (au sapin)
« A la saint-Crépin, les mouches voient leur fin » : c'est l'hiver qui démarre…
Recensement de 1922
La population est de 1 769 habitants, nombre semblable à celui de 2008.
Il y a encore 19 agriculteurs et 14 cafetiers ! Il faut dire qu'à l'époque, on boit en sortant du travail.





(1) retour L’origine du mot « bistrot » est incertaine et discutée. Il viendrait peut-être du poitevin « bistraud », ou bien de « mastroquet » (Nord de la France) ou « bistroquet » (Sud de la France); ou bien du mot « bistouille », mélange de café et d’alcool dans le nord de la France. D’autres pensent qu’il dérive du mot argotique « bistingo » (cabaret), ce qui est peu vraisemblable. Une étymologie populaire tenace affirme que le mot viendrait d'un mot russe « bystro » qui voudrait dire « vite ». Selon Alain Rey (linguiste et lexicographe français), cette étymologie « doit être écartée pour des raisons chronologiques, en l’absence d’attestations du mot pendant près de trois quarts de siècle. »
(2) retour En réalité, il n'était pas chauve mais il décida de se faire raser les cheveux en signe de soumission à l'Eglise.