André BROSSIN Maire de PUSSAY
André BROSSIN a été Maire de Pussay de 1945 à 1959, en pleine crise sociale et en plein affrontement entre les ouvriers de l'Usine de chaussures et son patron Brinon.
A l'occasion du 20ème anniversaire du décès d'André BROSSIN et de la parution de son livre de Mémoires, a été procédé le samedi 15 septembre 2012 (Journée du Patrimoine) à la mise en place d'une plaque commémorative au coin de la rue Charles Michels et de ce qui deviendra bientôt la Rue André BROSSIN (en remplacement de la Sente de la Garenne).

André Brossin, Maire de Pussay à l'époque, a laissé ses Mémoires et ses descendants ont eu la gentillesse d'offrir un exemplaire de cet ouvrage à la Municipalité pour le futur Musée de Pussay.
Concernant l'histoire désastreuse de l'usine Brinon (voir) , le témoignage du Maire de l'époque apporte un nouvel éclairage qui intéresse au plus haut point l'histoire des enfants de notre Commune, et certains se souviennent encore de ces douloureux évènements.
En voici des extraits :

« Nous étions à la fin de Juillet 1936…
Après ce tour d'horizon, les ouvriers votèrent la grève à l'unanimité avec l'occupation de l'usine. Ce fut un très dur combat qui dura 72 jours.
L'accord comprenait : la reprise du travail pour tout le monde sans exclusive. La semaine de 40 heures. Les salaires des femmes passaient de 1,25 à 2 francs l'heure et celui des hommes de 3 à 5 francs anciens de l'heure. Les congés payés étaient acceptés et les conditions de travail améliorées.
… Le 9 Septembre 1936, tous les ouvriers reprenaient le travail. Voulant oublier ce cauchemar, les ouvriers travaillaient d'arrache-pied. L'usine tournait à plein rendement.
Hélas ! Alors que depuis huit mois, le travail avait repris, les ouvriers apprenaient qu'il se passait quelque chose dans les bureaux de la direction.
L'accalmie ne dura pas longtemps. Les 2 et 3 Mai 1937 étaient jours de la fête locale ; comme chaque année à la même époque, les usines étaient fermées.

Le 2ème jour de la fête, les ouvriers apprenaient avec stupeur qu'une affiche était apposée sur les portes de l'usine annonçant qu'elle était fermée pour cause de réorganisation et que le personnel recevrait une lettre individuelle pour la reprise du travail.
Il apparaissait, sans aucun doute, que c'était en vue d'éliminer certains ouvriers gênants.
Un nouveau long conflit se préparait. Nous n'avions pas pensé à l'esprit revanchard de la direction et de sa suite. Il y avait lock-out. »

Après la seconde élection de la liste ouvrière, le patronat local tente de renouveler le lock-out.

Charles Michels (voir) , Secrétaire Général de la Fédération des cuirs et peaux, informé de la situation de l'usine de Pussay, arrive le 11 juin 1937 et accompagne la délégation syndicale près du patron.

« La fermeté des ouvriers, les arguments convaincants de Charles Michels firent comprendre au patron que ce lock-out n'avait que trop duré. Dès le lendemain 12 juin, le travail reprenait pour la totalité du personnel. »

Mais hélas, peu d'années après, le conflit reprit aboutissant cette fois à une fermeture définitive.

« Le 31 Décembre 1948, une nouvelle affiche était apposée aux portes de l'usine annonçant la fermeture des ateliers pour cause de réorganisation… ( ) Nous commencions à être habitués à ces manoeuvres… Les lettres reçurent le même accueil qu'en 1937 lors du dernier lock-out… Ce conflit dura plusieurs mois…
Alors qu'il durait déjà depuis plus de 90 jours, les parlementaires de gauche intervenaient à la chambre des députés afin que le gouvernement mette fin à la douloureuse situation des travailleurs de ce petit pays de Beauce.
Le Ministre du travail, Daniel MAYER, s'engagea à intervenir lui-même auprès de ce patron de combat. Au cours d'une séance qui suivit, le Ministre rendit compte de sa démarche. Devant les députés, il fit la déclaration sui-vante, le 22 Mars 1949 :
La commune de Pussay comprend moins de 2000 habitants. Au centre du village, avec une allure féodale comme naguère le château fort est la maison d'habitation de l'industriel et des entreprises qui groupent la presque totalité de la population active.
Les choses vont de père en fils, à la fois parmi les salariés et parmi le patronat.
De ce dernier, on peut dire qu'il s'agit – j'ai l'habitude de modérer mon langage – d'un véritable patron de combat. Et le Ministre ajoute : « J'ai fait appeler le Directeur de l'entreprise qui a pratiquement « lock-outé » la totalité des ouvriers pour des raisons qui, je n'hésite pas à le dire, relèvent beaucoup plus de la politique que de la réorganisation intérieure. » (J.O. Mars 1949 p.1701)
(…) Enfin, dans la soirée du 11 Avril 1949, après 101 jours de lock-out, voyant la détermination du personnel, il donna son accord pour que tous les ouvriers reprennent le travail, sans aucune exclusive. »


Quatre années plus tard, en Décembre 1953, la Direction de l'usine Brinon déposait le bilan.
Parmi les griefs formulés contre l'employeur, était le manque de comptabilité industrielle, signalé depuis 1948 par le Comité d'Entreprise et son expert comptable.
Le tribunal ayant délibéré rendit le jugement suivant :

Attendu qu'il résulte ainsi des documents de la cause que la Société Brinon aurait pu facilement supprimer les causes du déficit de son entreprise s'il avait été tenu une comptabilité industrielle sérieuse et procédé à une réorganisation des cadres de l'usine.
Attendu, dans ces conditions, que la fermeture de ladite usine n'était pas justifiée par des raisons impératives et était la conséquence de la démission pure et simple de sa direction devant ses responsabilités de chef d'entreprise.
Attendu qu'il y a lieu de déclarer que la rupture du contrat de travail doit être considérée comme abusive…etc. »


Ayant fait appel de ce jugement, un autre tribunal confirma le jugement de Méréville en tous points.
En fait la Direction avait décidé de se saborder.
En 1956, le patronat fit appel à la cour sociale de la Cassation. Les jugements de Méréville et d'Etampes furent cassés. Les termes employés par ce jugement constituaient un aveu ridicule :

« Aucune règle légale ne l'oblige (l'employeur) à bien gérer son entreprise. » !!!
« Le Directeur comptable qui porte aussi une certaine responsabilité dans la fermeture de l'entreprise » réclama 18 millions et demi de francs de dommages et intérêts. On lui octroya tout de même 4 millions !
« Pussay était devenue une commune dortoir ».


Extraits du livre d’André BROSSIN (1905 – 1992 - Maire de Pussay de 1945 à 1959) – Le livre « Je suis né à Pussay le 30 avril 1905… » celui-ci est en vente à la Mairie de Pussay.

Les Conscrits - Classe 1953
(André BROSSIN 1er rang 2ème à droite)

Les Conscrits - Classe 1954
(André BROSSIN 1er rang 1er à gauche)

Repas des anciens en 1957
(André BROSSIN debout 3ème à gauche)